L’échec fait-il de nous des perdants ou des apprenants ?

J’ai joué, j’ai perdu. Après mon abandon dans la quête d’un record en courant sur le GR1 (tour de 580km autour de Paris), voici ce que j’ai découvert.

Un objectif très ambitieux

580km, 7000m de dénivelé positif, avec un sac de 7kg sur le dos, en auto-suffisance et en sandales ! Ajouté à cela une météo plus que capricieuse (pluie, vent, froid). Autant de challenge sur ce défi qui me fait passer pour un fou furieux en quête de « toujours plus« .

Mais pour moi, c’était bien plus qu’un défi hors-du-commun, c’était des symboles de mon engagement pour l’écologie à travers le sport et le dépassement de soi. J’étais prêt à tout pour franchir cette ligne d’arrivée, fatigué certes, mais avec le sourire toujours.

Ma préparation et mes attentes

Pendant 10mois, je me suis préparé physiquement et mentalement pour cette éco-aventure. J’ai minutieusement combiné tout mon savoir-faire pour être à la hauteur de mes ambitions, que ce soit :

  • sur l’aspect sportif (renforcement musculaire, sortie longue),
  • sur l’aspect logistique (préparation de mon équipement, préparation du parcours avec mes possibles points de bivouac et de ravitaillement),
  • sur l’aspect communication (travailler mon argumentaire et comment relayer mes messages sur l’écologie pendant le défi), .

Je me voyais déjà poser fièrement en face de la tour eiffel, tout souriant, après avoir surmonté les 580km du GR1. J’étais déjà prêt à mettre en avant mon exploit sportif pour véhiculer tout cet état d’esprit que j’essaye d’incarner au quotidien.

Mais comme dans toute histoire, le chemin est plus complexe qu’on ne l’imagine.

Quand le physique dit stop

Jour 1 – 85/580km

Mon départ le 8 septembre à 7h, Porte Maillot dans Paris s’est pourtant très bien passé. J’ai le plaisir de partager ma première journée avec Alexandre, Rémy et Antoine qui ont chacun fait un bout du parcours avec moi, à travers le parc de Saint-Cloud, la forêt de Marly et le Vexin. Il fait encore beau, je suis frais et les 85km du jour se passe sans difficultés.

Mais dès la première nuit, la météo vient se mêler à la fête. Je passe ma première nuit de bivouac sous la pluie. Si j’avais des doutes sur mon installation pour résister aux intempéries, ils ont été levés. Cependant, si je ne prend pas la flotte, je ne dors quand même pas méga bien.

Jour 2 – 157/580km

Je démarre ma deuxième journée à 6h, fatigué, mais content de me plonger dans ces coins paumés en pleine nature, à même pas 20km de Paris. Je passerai cette journée seul, dans le Vexin et je m’arrêterai aux portes de l’Oise après 67km, parcouru majoritairement sous un fin crachin breton (histoire de me rappeler d’où je viens).

Jour 3 – 237/580km

Départ à l’aube (5h), pas de pluie cette nuit mais des températures très fraîches (8°C). Je parcours 30km sans rencontrer un village dans la forêt de l’Oise, c’est superbe et dépaysant. A la sortie du bois, je croise un randonneur, Arnold, qui fait aussi un bout du GR1 en marchant. Discuter fait beaucoup de bien au moral avant d’attaquer une longue portion de rase campagne.

Après 80km, la nuit tombe quand j’arrive sur Meaux. Vu mes allures, je n’aurais pas le temps de sortir de la ville avant la tombée du jour. Je décide de m’arrêter dans un hôtel pour ne pas avoir à mettre le bivouac dans le noir. Je fais bien, ils annoncent de grosses pluies pour la nuit.

Jour 4 – 309/580km

Nouveau départ très matinal (5h40), sous une pluie diluvienne. Je suis rejoins par Gilles et Sophie qui feront un gros 30km avec moi. Cela me fait beaucoup de bien au moral, surtout que le terrain est plus que boueux. Les appuis sont difficiles et ajoutent un surplus de fatigue au corps déjà bien entamé.

Un peu après le passage de la mi-parcours, je passe par le château de Brandy en fin de journée qui est magnifique. Nouvelle nuit en bivouac un peu avant Melun, après 72km à patauger dans la gadoue. Il fera très froid cette nuit là (5°C) m’empêchant de dormir convenablement.

Jour 5 – 323/580km (ABANDON)

Dès mes premiers pas, en remballant mon bivouac (5h), je comprend que la journée va être longue. J’ai une grosse douleur au niveau du releveur de pied droit. Une heure de marche pour me chauffer, puis je trottine un peu pour voir comment la douleur évolue. Je me rends vite compte que ce ne sera plus possible, je boîte énormément et impossible physiquement de concevoir (encore) 260km dans cet état.

C’est en passant devant le château de Vaux-le-Vicomte, alors que le soleil n’est pas encore levé, que je prends la terrible décision. Avec beaucoup de larmes, je préviens mes proches puis les réseaux que je vais devoir m’arrêter à Melun (14km plus loin) pour protéger mon corps.

Un échec apparent mais…

320km ce n’est pas 580km. En abandonnant, j’ai échoué dans l’atteinte de mon objectif, oui. Mais si je m’arrête uniquement à cet aspect, je ne me focalise que sur le négatif. Et pourtant…

320km, au bout de mes capacités physiques. Bien que je sois très triste, je n’éprouve aucun regret. Je sais que je suis allé au bout de ce que mon corps était capable de faire à ce moment là. Continuer était un risque de me blesser durablement et aucun défi, aussi inspirant soit-il, ne mérite de s’endommager la santé. Je me suis écouté pour prendre la bonne décision. Non, cet abandon est loin d’être un échec.

320km, soit 8 marathons, parcourus en à peine plus de 4jours, avec un sac de 7kg sur le dos… C’est bien plus que je n’avais jamais couru auparavant (ma plus longue distance était l’Infernal Trail des Vosges 215km). Non, cet abandon est loin d’être un échec.

320km, tout en partageant des valeurs d’éco-aventure sur les réseaux et en radio (voir les liens de mes passages en radio en fin d’article). J’ai eu énormément de retour, autant sur ma performance sportive que sur mes messages sur l’écologie. C’était tout nouveau pour moi et je suis immensément fier de la réaction positive de plusieurs centaines de personnes. Quand quelqu’un te dit : « Ce matin après t’avoir écouté, je me suis motivé à aller cherché le pain à vélo plutôt qu’en voiture » ou « Ca faisait longtemps que je voulais faire le tour de Bruxelles à pied, je me suis chauffé en regardant ton aventure« , comment ne pas être fier d’avoir pu inspiré ? Non, cet abandon est loin d’être un échec.

Ce que j’en retiens

Cette éco-aventure m’a appris une chose : l’objectif final n’est pas toujours la vraie victoire. Parfois, c’est le chemin parcouru, les histoires partagées, et l’impact que l’on laisse derrière soi qui importent le plus.

Terminer les 580 kilomètres n’était pas mon plus grand accomplissement. C’était de dépasser mes propres limites, d’inspirer d’autres à travers mon éco-aventure, et de voir que même dans l’échec, il y a des victoires insoupçonnées.

Je prend aussi conscience à quel point ce défi m’a procuré des émotions. Je me suis senti vivant et engagé pour une cause qui me tient à coeur. C’est terriblement stimulant et je compte continuer à transmettre ce qui m’anime. Ce défi en appellera d’autres, c’est une certitude…

Et toi ?

Alors, la prochaine fois que tu auras cette sensation d’échec, demande-toi : « Qu’est-ce que j’ai appris sur moi ? Quelles sont les limites que j’ai repoussé cette fois-ci ?« . Parce qu’en fin de compte, chaque échec est une opportunité de grandir.

Et si tu nous partageais la plus grande leçon que tu as apprise à travers un de tes échecs.


Liens radio

Radio Laser (4 passages)

FUN RADIO (1 passage)

RTL (2 passages)

Podcast

A côté de mes Pompes – https://smartlink.ausha.co/acotedemespompes

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